Archive

Monthly Archives: February 2010

Advertisements

Au cours de mes peregrinations asiatiques, j’ai eu l’opportunité d’aller au Vietnam ou j’ai passé un total de presque 2 semaines dans sa charmante capitale, Hanoi.

Et quoi de mieux pour se sentir immediatement comme à la maison que de découvrir que le Q.G skate local se trouve a quelques minutes a peine de l’hotel? Et comme a la maison, il s’agit d’une grande esplanade de marbre avec un super long curb qui permet de faire lignes et/ou manuals qui tuent…

Mais la touche locale, c’est qu’on ne skate pas sous le regard du roi chevauchant son fier destrie…. Non, non! Ici, on skate sous la bienveillance de ce cher Vladimir Ilitch Oulianov dit Lenine…

Et ca, ça claque…



La neige et le glas

Ce lundi matin-là, c’est sûr, il ne fallait pas partir. Ce froid, cette neige, ce verglas. Partir, d’ailleurs, pour quoi faire? Aller travailler, la veille du mardi gras, alors que tout le monde est en vacances? Et que l’un ou l’autre des enfants, peut-être, est parti à la montagne; parti en riant, par la plus belle des insouciances. Pour une fois, de nouveau, que le temps marque une pause. Au milieu de cette vie qui passe à un train d’enfer. Où l’on ne compte plus les jours, tant ils se ressemblent.

Ce matin-là, on imagine que certains avaient mal aux dents ou à la gorge. D’autres, tout simplement, étaient fatigués. Ils auraient tant aimé dormir une heure de plus. Ils ont avancé, puis reculé. Ils se sont levés, recouchés. Ils se sont ravisés, ils allaient tout compte fait prendre la voiture. Et puis non, ce n’était guère prudent. Plusieurs, ce matin-là, ont hésité à partir. Quelques-uns ont définitivement renoncé. C’était la voie de la sagesse. Mais la plupart sont partis, comme tous les matins. Comme chaque matin. Comme un seul homme. Poussés par le devoir, ou par la nécessité, ou encore par l’envie de rencontrer dans le train tel ou tel ami. L’ami qui fait rire de bon cœur, celui qui joue aux cartes, celui aussi qui, par tous les temps et contretemps, ne voit jamais que le beau et bouleversant versant de la vie. Celui-là, du reste, était dans le train, ce matin. Il vantait les splendeurs de la plaine tout engourdie, alors qu’un soleil d’hiver tentait bien de percer vaille que vaille. Sans doute, il se gaussait un peu aussi des retards ferroviaires, tout en louant – il était lui-même fils de cheminot – la sublime magie des chemins de fer. Parce qu’après tout, disait-il en évoquant la “société du risque”, comme la nomment les philosophes et les sociologues, le train reste le moyen le plus sûr de naviguer à travers le monde. Même si le risque zéro, bien entendu, n’existe plus. S’il a même jamais existé.

Mais Maurice, parce qu’il s’appelait ainsi, est-il rentré chez lui lundi soir, comme tous les soirs? Le saura-t-on un jour? Lui qui était justement en fin de carrière, à quelques semaines de la “quille”. Il nous l’avait encore dit récemment, il effectuait l’un de ses tout derniers trajets. Et déjà, il nous en parlait avec nostalgie. Comme si son train, c’était un peu toute sa vie. Il y eut un choc effroyable, le vacarme des tôles déchirées, des cris de bras et de jambes, de visages défigurés. Des hurlements de peur, d’horreur et de douleur, puis soudain, après quelques instants, plus rien. Un silence de cathédrale fumant au milieu de ses décombres, tandis que régnait une suffocante odeur d’acier carbonisé. Il restait comme un lent et lancinant grincement des freins, qui n’en finissaient plus de crisser. Et de crier au secours.

Le mal était fait. On ne le voyait pas mais on le sentait partout, tout chaud, le sang ruisseler dans la neige, comme viennent mourir les derniers filets d’un torrent en bout de course. Quand ce sang coule sans faire de bruit, c’est qu’il est déjà trop tard. Car c’est évident, tout cela était une question de temps. Tout s’est probablement joué à quelques secondes près. Une commission d’enquête nous le dira peut-être un jour.

Quand, autour du séisme en Haïti et de l’explosion de la rue Léopold à Liège, tout le monde aura oublié et que les polytraumatisés de Hal n’auront, depuis longtemps, plus la force de gémir. Après quoi, du reste? Cette vie qu’on ne leur rendra jamais, cette chair ou ces membres meurtris, cette âme définitivement défaite. Cette mémoire paralysée surtout. Souvenir d’un jour où le temps, brutalement, s’est arrêté. C’était, on se le rappelle soudain, la veille d’un carnaval. Par un rude hiver.

Eric de Bellefoid / La Libre